Cinéma fait par des femmes dans les Amériques : construction d'un regard critique sur les rapports de dominations et les atteintes à l'environnement
Recherche,
Cinéma,
Date(s)
le 27 mai 2026
à 18h - Entrée libre
Lieu(x)
Salle Thélème
Dans les Amériques comme en France et ailleurs, l’écriture de l’histoire du cinéma est souvent marquée par une sorte d’« oubli » de l’œuvre des femmes cinéastes. Ainsi, en Amérique du Nord, la figure de Marie-Ellen Bute (1906-1983), connue aujourd'hui comme la pionnière du cinéma expérimental aux États-Unis, a été longtemps reléguée à un second plan. Pourtant, au Nord comme au Sud du continent, l’œuvre des femmes cinéastes a souvent été pionnière dans d’autres genres cinématographiques et a introduit des innovations dans de nombreux domaines, telles que la création d'espaces alternatifs de formation, de production et de diffusion. De même, l’apport créatif des femmes cinéastes du continent est visible dans le choix de certaines thématiques ainsi que dans la manière de les traiter. Parmi ces thématiques, une place particulièrement importante est accordée à deux d’entre elles : la critique des rapports de domination, dans l’espace de l’intersubjectivité comme dans l’espace social, et la critique des atteintes au milieu naturel.
Centrée au départ sur les rapports de genre, la critique des rapports de domination porte sur les diverses formes de la domination masculine, tant dans la vie de couple comme dans les diverses pratiques et institutions inégalitaires des sociétés patriarcales qui produisent une représentation dévalorisante de la femme (The Blot, 1921, de Lois Weber ; Amando a Martha, 2022, de Daniela Lopez). Cependant, dès les premières décennies de l’histoire du cinéma la critique des rapports de domination dans le cinéma fait par des femmes s’étend à d’autres domaines de la vie sociale, touchant des formes de discrimination sociale, ethnique, raciale, culturelle ou basée sur l’orientation sexuelle. Dans certaines œuvres, les réalisatrices font converger ces différentes formes de domination. Avec l’émergence dans la décennie 1970 de nouveaux mouvements sociaux basés sur le paradigme de la reconnaissance de formes d’identité historiquement dévalorisées et méprisées (Touraine, Fraser), notamment dans les contextes postcoloniaux, de nombreuses réalisatrices du continent, issues le plus souvent de groupes socioculturels traditionnellement exclus du cinéma, se sont appropriées les outils cinématographiques d’aujourd’hui pour représenter des formes de domination ethnico-culturelle et pour reconstituer leurs propres mémoires culturelles.
D’autre part, la critique des atteintes au milieu naturel se développe progressivement depuis la même décennie, qui correspond à l’émergence, à l’échelle planétaire, d’une nouvelle prise de conscience des risques liés aux dévastations du milieu naturel par l’action des humains (Sangre de la tierra, 2001, d’Ana Vivas ; La théorie du tout, 2009, de Céline Baril ; Mujeres del Río, 2018, de Soledad Fernández ; A través de la tierra, 2024, de Loreley Unamuno y Malena Bystrowicz).
Le colloque se propose d’étudier la manière dont ces deux thématiques sont abordées dans l’histoire du cinéma fait par des femmes dans les Amériques, afin d’établir l’apport de ce cinéma à la construction d’un regard critique sur les inégalités de genre et sociales, ainsi que sur les modes de vie et de production qui portent atteinte à l’environnement naturel. Il s’agira d’établir un état des lieux, permettant d’identifier un corpus d’œuvres, de les situer dans des contextes historiques spécifiques, d’analyser leurs aspects formels et leurs modes d’expression, de relever des continuités, des transformations et des ruptures, d’identifier des convergences, des influences réciproques et des spécificités dans la production des diverses aires culturelles du continent. Sur la base de ces données documentaires et analytiques, le colloque se propose de contribuer à la réécriture d’une histoire qui intègre l’apport historique des cinéastes femmes à l’histoire du cinéma