Quand le répulsif finit par attirer les moustiques
- Recherche,
du 29 mai 2026 au 30 septembre 2026
Quand le répulsif le plus utilisé du monde finit par attirer les moustiques au lieu de les repousser, une étude de Claudio Lazzari, chercheur à l’Institut de Recherche sur la Biologie de l’Insecte
Les équipes de l’IRBI (Institut de Recherche sur la Biologie de l’Insecte), unité de recherche conjointe du CNRS et de l’université de Tours, ont publié dans le Journal of Experimental Biology des travaux majeurs sur le DEET (N,N-diéthyl-méta-toluamide), le répulsif anti-insectes le plus utilisé du monde, devenant attirant pour certains d’entre eux. Cette étude révèle que les moustiques (Aedes aegypti) deviennent attirés par le DEET, s’ils ont préalablement appris à associer l’odeur de celui-ci à de la nourriture. Il reste malgré tout le répulsif le plus efficace à l’heure actuelle protégeant contre les maladies transmises par les insectes.
Nouvelles perspectives et implications en santé publique
Dans la revue Journal of Experimental Biology (The Company of Biologists), les chercheurs indiquent que les moustiques vecteurs de la dengue, Zika, Chikungunya fièvre jaune et d’autres virus (Aedes aegypti), peuvent apprendre à associer l'odeur du DEET à de la nourriture et qu'ils pourraient être attirés à piquer les personnes qui sentent l’odeur du répulsif.
Pour confirmer leur étude, les chercheurs ont nourri les moustiques avec du sang chaud dans un premier temps, puis ont pulvérisés l’odeur du DEET en second temps, répétant l’action à trois reprises. Cela a permis de vérifier la réaction postérieure des moustiques à l’odeur du répulsif seul et plus de 60 % d’entre eux tentaient de piquer dès qu’ils en sentaient le DEET. Un même test a été effectué avec une solution sucrée et l’odeur du DEET, les moustiques piqueraient avec enthousiasme dès qu’ils détectent l’odeur du répulsif.
Cela démontre que les moustiques sont capables d’apprendre à associer une odeur de DEET à de la nourriture, et que le port de ce répulsif pourrait, dans certaines conditions, augmenter l’attractivité des moustiques et donc les inciter davantage à piquer.
« Nous savions que si les moustiques sont exposés de manière répétée au DEET, celui-ci réduit son efficacité en tant que répulsif, mais s’il pourrait éventuellement devenir attractif n’avait pas été testé auparavant. », explique Claudio Lazzari dans la revue.
D’après Claudio Lazzari, le DEET appliqué sur la peau plusieurs heures auparavant devient trop peu concentré pour repousser efficacement les moustiques. À cette faible concentration, son odeur resterait détectable et pourrait même contribuer à les attirer.
Plus d’informations : https://doi.org/10.1242/jeb.251935
DOI: doi:10.1242/jeb.251935
A propos de l’IRBI
L’IRBI se consacre à l’analyse des interactions entre les insectes et leur environnement biotique et abiotique.
L’IRBI est une unité mixte de l’Université de Tours et du CNRS auquel il est rattaché par l’intermédiaire de l’Institut Écologie et Environnement (INEE). La diversité des compétences se perpétue depuis la création de l’unité (1961) en réunissant sous un même toit des chercheurs et enseignants-chercheurs issus de différentes disciplines (écologie, physiologie, génétique, chimie, physique, bioinformatique et mathématiques), faisant de l’IRBI un lieu rare à l’identité internationale affirmée autour des sciences de l’insecte.
Pour appréhender le puzzle du vivant et affronter la complexité des systèmes biologiques, de leur fonctionnement et de leur évolution, l’IRBI met ainsi en œuvre une approche intégrative dans une démarche scientifique à l’interface de la biologie de l’organisme, de l’écologie et de la biologie évolutive. Les domaines de transfert vont de la lutte biologique pour une agriculture durable au développement de nouvelles technologies de lutte contre les insectes vecteurs de maladie et les insectes invasifs en milieu urbain et naturel, en passant par le biomimétisme ou la production d’insectes pour l’alimentation animale/humaine.
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