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Un prestigieux financement européen pour étudier le rire des femmes

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Date(s)

du 7 septembre 2026 au 11 janvier 2027

Erica Ciccarella, chercheuse au Centre d’Étude Supérieure de la Renaissance (CESR), unité mixte de recherche du CNRS et de l’université de Tours, a obtenu un financement de 1,5 million d’euros du Conseil européen de la recherche (ERC) pour son projet LaughtHER. D’une durée de cinq ans, ce projet vise à renouveler la compréhension de l’humour à l’époque moderne dans une perspective de genre. Reconnu comme l’un des principaux organismes européens de financement de la recherche, l’ERC soutient des projets scientifiques d’excellence. En ce début d’année universitaire, l’ERC consacre 705 millions d’euros au soutien de 421 jeunes chercheurs, sur 4807 propositions soumises. Le projet LaughtHER permettra à Erica Ciccarella de constituer une équipe internationale réunissant, autour de la chercheuse principale, trois chercheuses et chercheurs postdoctoraux spécialisés respectivement en littérature italienne, en littérature théâtrale et en arts du spectacle, ainsi qu’un ingénieur informatique et un gestionnaire de projet. Le projet s’appuiera également sur l’expertise de spécialistes internationaux réunis au sein d’un Advisory Board.



LaughtHER | Le rire féminin au premier plan


« Le rire est le propre de l’homme », écrivait Rabelais. Mais alors, qu’en est-il des femmes ? – S’interroge Erica.


C’est à partir de cette question, en apparence simple, que se construit LaughtHER. Les femmes ont écrit, créé et participé activement à la vie culturelle de l’époque moderne, mais leur rapport au rire et à l’humour reste encore méconnu.


Son projet consiste donc à retrouver ces voix et à comprendre comment les femmes ont utilisé le rire dans leurs œuvres : pour jouer avec les conventions, pour s’affirmer, pour critiquer leur société ou simplement pour divertir. Il s’agit finalement de montrer que les femmes n’étaient pas seulement des spectatrices de la culture comique de leur temps : elles en étaient aussi des actrices et des créatrices à part entière. LaughtHER cherche ainsi à écrire une histoire du rire qui fasse également une place aux femmes.


Plus précisément, la recherche vise à renouveler notre compréhension de l’humour de l’époque moderne, en mettant au jour une dimension largement invisibilisée jusqu’à présent. Alors que l’humour des auteurs masculins a fait l’objet de nombreuses études, la contribution des femmes à la culture comique de leur époque demeure largement méconnue. LaughtHER entend donc identifier, analyser et contextualiser les différentes formes d’humour développées par les autrices dans des genres très divers, de la poésie à la prose satirique, de la correspondance au théâtre, en passant par des formes hybrides liées aux fêtes et aux divertissements.


Dans une société qui condamnait souvent le rire féminin comme une transgression morale et sociale, l’humour pouvait constituer pour les femmes un moyen d’affirmer leur autorité intellectuelle, de prendre la parole et de porter un regard critique sur leur environnement. Le projet étudiera ainsi le rire non seulement comme un procédé littéraire, mais aussi comme une pratique sociale et culturelle.



Le parcours d’Erica Ciccarella


Erica est docteure en littérature italienne, spécialisée dans la littérature et la culture de la Renaissance, chercheuse au CESR de l’université de Tours, où elle poursuit ces recherches dans le cadre du projet ANR AccessERC LUDICA, qui lui a permis de développer le projet et de franchir une nouvelle étape dans son parcours scientifique.


Ses recherches se situent à la croisée de plusieurs domaines : l’écriture des femmes, la littérature comique et satirique, l’histoire du livre et les relations entre littérature et savoirs technico-scientifiques. Ces thématiques ont en commun une même question : comment la littérature permet-elle de faire entendre des voix, des idées ou des formes de pensée qui ont parfois été marginalisées ou laissées dans l’ombre ?


« L’obtention de cet ERC Starting Grant représente pour moi une occasion scientifique unique : celle de pouvoir développer une recherche véritablement indépendante, de choisir et de constituer ma propre équipe, et de créer un nouveau champ d’étude autour des relations entre femmes, rire et littérature. C’est la possibilité de transformer une intuition de recherche en un véritable programme scientifique, en réunissant les compétences et les moyens nécessaires pour explorer des corpus encore largement méconnus. Le projet permettra également de renouveler en profondeur notre compréhension de l’histoire du comique italien et européen, en replaçant les femmes au cœur de cette histoire, non plus seulement comme objets de représentations comiques, mais comme actrices, autrices et productrices de pratiques du rire. Il s’agit ainsi de faire émerger une histoire plus riche et plus complexe du comique, susceptible de remettre en question certains récits traditionnels de l’histoire littéraire et culturelle européenne. » - Erica Ciccarella, chercheuse à l’université de Tours