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Actualité

PROTOBRAIN - Le protoxyde d’azote comme antidépresseur (iBraiN)

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Date(s)

du 11 mai 2026 au 31 juillet 2026

Les résultats de l’étude clinique multicentrique PROTOBRAIN, portée par l’équipe tourangelle INSERM U1253 iBraiN, suggèrent que le protoxyde d’azote (sous sa forme médicale la plus fréquemment utilisée le MÉOPA*) pourrait représenter une option thérapeutique efficace et globalement bien tolérée dans la dépression résistante de la personne âgée. Ces résultats ouvrent des perspectives intéressantes qui nécessitent d’être confirmés par des études complémentaires à plus grande échelle et sur un suivi prolongé. 

Bien comprendre la dépression 

La dépression résistante au traitement (TRD) chez la personne âgée constitue un enjeu majeur de santé publique. Elle est associée à une réponse plus lente et souvent moins efficace aux traitements antidépresseurs conventionnels, à une tolérance réduite et à un risque élevé d’interactions médicamenteuses, notamment en raison des comorbidités et de la polymédication fréquentes dans cette tranche d’âge de la population. 

La dépression de la personne âgée est un trouble de l’humeur fréquent et invalidant, caractérisé par une altération durable de l’état émotionnel, cognitif et fonctionnel. Son diagnostic repose sur les mêmes critères que chez l’adulte, avec des symptômes persistants au moins deux semaines : humeur dépressive, perte d’intérêt, fatigue, troubles du sommeil ou de l’appétit, difficultés de concentration, voire idées suicidaires. Ces symptômes entraînent une altération importante de la qualité de vie et du fonctionnement quotidien. Il s’agit d’un véritable problème de santé publique. Environ 6 % des personnes de plus de 70 ans sont concernées dans le monde. 

Une solution thérapeutique innovante 

Le protoxyde d’azote (N₂O) apparaît comme une option thérapeutique innovante. Des données récentes suggèrent des effets antidépresseurs rapides dans la dépression résistante de l’adulte jeune. Son profil pharmacologique et physiopathologique pourrait permettre de contourner certaines limites des traitements classiques chez la personne âgée. Administré sous contrôle médical, il limite les problèmes d’observance, et son élimination principalement pulmonaire permet son utilisation même en cas d’insuffisance rénale ou hépatique. Son utilisation ancienne en anesthésie et en analgésie lui confère également un profil de sécurité bien établi. Sur le plan physiopathologique, la dépression est associée à des altérations de la neurotransmission, de la plasticité synaptique et de la régulation cérébrale, ainsi qu’à des troubles vasculaires plus fréquents chez la personne âgée. 

Le protoxyde d’azote pourrait agir sur plusieurs de ces mécanismes simultanément, notamment via la modulation des récepteurs NMDA et opioïdes, l’amélioration de la plasticité synaptique, de la connectivité cérébrale et des effets sur la circulation cérébrale, comme cela a été montré dans une précédente étude menée au CHRU de Tours. 

L’objectif de l’étude PROTOBRAIN était d’évaluer l’efficacité et la tolérance d’une exposition unique d’une heure à un mélange 50 % N₂O / 50 % O₂ chez des patients âgés présentant une dépression résistante, dans le cadre d’un essai clinique randomisé contrôlé. 

Des résultats très encourageants 

Par rapport au placebo, le protoxyde d’azote a entraîné une diminution significative et précoce des symptômes dépressifs, observable dès 24 heures et maintenue à 1 et 2 semaines. 

À 2 semaines, la différence moyenne de variation du score MADRS se confirmait en faveur du N₂O. Les critères secondaires allaient dans le même sens, confirmant une amélioration globale des symptômes. Les effets indésirables rapportés étaient légers, transitoires et bien tolérés (nausées, vertiges, céphalées, sédation légère et phénomènes de dissociation). 

Des études complémentaires, portant sur des cohortes de patients plus larges et sur des durées prolongées, s’avèrent nécessaires avant d’envisager l’intégration du N2O en soins courants pour la dépression. 

Plusieurs recherches sont actuellement menées en ce sens, notamment au CHRU de Tours. Ces travaux évaluent par exemple l’efficacité du N2O dans la prise en charge de la crise suicidaire aux urgences, de la dépression chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer en EHPAD, ainsi que dans le traitement du stress post-traumatique. 

En parallèle, un partenariat l’unité INSERM iBraiN et le CHRU permet d’étudier ses effets cérébraux sur des modèles murins. 


* Méopa, pour mélange équimolaire d’oxygène et de protoxyde d’azote, est un mélange à parts égales d’oxygène et de protoxyde d’azote